Dunlopillo

La nuit de Blandine a encore filé, une nuit de plus au palmarès de ses nuits agitées.

Elle ne compte plus toutes les nuits où elle se jette dans une lutte perdue d’avance avec son oreiller. Elle se retourne des centaines de fois dans son lit sans trouver le sommeil. Dormir une nuit entière lui paraît un lointain souvenir, qui s’évanouit avec le temps qui passe. Tant de mois que son sommeil est entrecoupé de micro-réveils, de pensées obsédantes, de cauchemars avortés.

Chaque matin, Blandine se réveille plus fatiguée que la veille. La nuit dernière, elle s’est traînée comme une loque jusqu'au réfrigérateur pour aller prendre un verre de lait. Le couinement de la porte résonne encore dans sa tête.

Elle se souvient d’avoir été éblouie par la lumière.

En passant, devant la bibliothèque de l’entrée, elle a saisi un livre, s’est allongée sur son lit, a lu deux pages avant de le reposer sur sa table de nuit.

Mathieu est parti avec son amour mais aussi avec son lit. Blandine s'étend sur un matelas d’appoint, une place à même le sol.

Elle a 30 ans et officie dans un cabinet parisien en tant qu’expert-comptable mais vit comme une étudiante. Le matelas n’est pas confortable, cela lui est égal. Chaque nuit, la promesse d'en changer le jour suivant s’évanouit avec les premiers rayons du jour.

Matelas douillet

Un jour, elle passe devant la Maison de la Literie.

Son regard s'arrête sur la vitrine puis s’en écarte, elle est pressée. En sortant de son rendez-vous chez un client, elle repasse le soir devant la vitrine mais le magasin est fermé. Elle rentre alors chez elle, allume son ordinateur pour acheter un matelas.

À la vision d'un matelas et d'un sommier Dunlopillo , elle a eu immédiatement envie de s’y blottir pour dormir. Blandine clique, sélectionne le sommier puis le matelas, sort sa carte bleue, tape les chiffres à l’aide d’un doigt, choisit son heure de livraison et part retrouver son vieux matelas.

Deux jours plus tard, le matelas Dunlopillo arrive.

Porté par deux hommes, il est paré comme une mariée.

Les hommes le déshabillent d’une traite, le posent délicatement sur le sommier. Il partent.

Blandine se retrouve enfin avec un vrai lit.

Elle est heureuse, elle s’allonge dessus, ferme les yeux et part rejoindre les bras de Morphée.