RATP

En-dessous de Paris, un gruyère où le métro circule. Réseau tentaculaire de voies ferrées qui se croisent.

Longeant les voies, des passages interdits, des accès sombres, des recoins défendus que seuls des agents habilités peuvent pénétrer.

Le métro, lieu où des millions de personnes se croisent mais où l’autre reste l’inconnu qu’il est.

Chaque jour, plusieurs millions de parisiens se laissent transporter d’un point à un autre de la ville lumière.

Une transhumance journalière où chacun trace sa route et court vers son destin. 

Temps suspendu du trajet pendant lequel les plus studieux travaillent, les plus fatigués s’endorment, les rêveurs laissent flotter leur imaginaire.

 

Les noms de station

Chaque station de métro porte un nom.

Nom d’hommes illustres : Colonel Fabien,

Anatole France, Charles de Gaulle, Léon Blum,

Louise Michel.

Noms légers et gais : Bonne Nouvelle, Liberté,

Place des Fêtes.

Des noms parfumés qui sentent la campagne à Paris comme Chemin Vert, Jasmin, Porte des Lilas.

Le soir, le voyageur en foulant le sol de la station est déjà un peu chez lui. D’ailleurs, il dit : j’habite Alésia, Muette ou Wagram. Mais personne n’a jamais habité sur le quai d’une station de métro.

Sauf ceux qui ne savent plus où aller.

Paul emprunte le métro tous les jours pour aller travailler.

Il aime regarder les tunnels poussiéreux lézardés de tuyaux rouges et jaunes que le temps a noirci.

Et se délecte de l'observation des passagers.

 

La rencontre

Quand il a le temps, Paul monte dans une voiture

et se laisse transporter en s’en remettant au hasard.

Cette aventure accessible lui plaît.

Il regarde par-dessus les épaules des inconnus, lit les textos qu’ils envoient, détaille leur vêtement, imagine leur vie.

Dans le métro aérien, à Bir-Hakeim, Paul se sent pousser des ailes.  Il devient un échassier qui traverse la Seine pour rejoindre Passy.

Puis, quelques centaines de mètres avant Boissière, le métro freine brusquement et s’immobilise.

Les voitures sont inondées par une voix hachée qui s’excuse pour la gêne occasionnée tout en invitant les voyageurs à ne pas ouvrir les portes.

Paul sourit à sa voisine qui lui répond.

Leur regard se croise puis se croise à nouveau et soudain, un éclair de lumière jaillit dans leurs yeux, l’évidence surgit.

Ils se connaissent car ils étaient dans la même classe en 5e. Il a fallu une panne de métro pour que leurs destins se croisent à nouveau.