Royal Canin

Gare du Nord, il fait froid ce matin du 12 décembre 2017. Un vent glacial s'engouffre dans la gare et tournoie

au-dessus des têtes frissonnantes des voyageurs.

Les yeux encore plein de sommeil sont rivés

sur les panneaux d'affichage.

Les convecteurs électriques clairsemés dans la gare réchauffent à peine les voyageurs qui s'y agglutinent comme des mouches sur un pot de confiture.

Proximité silencieuse de ces voyageurs hagards tirés du lit qui attendent ensemble en s'évitant soigneusement.

Ils regardent leur montre ou la grande horloge de la gare, rangent un dossier, se lèvent, se bousculent sans jamais prononcer une parole.

Anonymat des gares aussi glacial que la température

de ce matin de décembre.

Emmitouflés autant dans leur manteau que dans leurs pensées, des nuées de voyageurs courent vers leur train le numéro du quai à peine affiché. Vu d'en haut,

la Gare du Nord ressemble à une fourmilière.

Alice et son chien

Dans un coin de la gare, une jeune femme s'assied

sur son duvet et écarquille les yeux en s'étirant.

Un licenciement, un divorce puis des dettes qui s'accumulent, des factures impayées, des mauvaises rencontres, puis la rue.

Plus d'argent, les poches vides, la Gare du Nord est devenue son refuge.

Elle a récemment appris que c'était la plus grande gare d'Europe avec plus de 500 000 voyageurs chaque jour. Tous ces gens la rassurent.

Des trains desservent la petite couronne et des trains prestigieux comme le Thalys et l'Eurostar passent les frontières à la vitesse de l'éclair.

La Grande-Bretagne et le plat pays sont à la porte.

Alice, elle, ne prend ni train de banlieue ni TGV.

Elle fait partie de ceux qui ont choisi la gare du Nord pour domicile, mais qui n'en partent jamais.

Elle s'est installée dans un coin de la gare, un endroit à l'abri des regards sans être trop loin du va-et-vient incessant des voyageurs qui la berce.

Son chien l'accompagne. Elle l'avait déjà quand tout allait bien.

Un cocker noir, son regard mélancolique l'a touchée, c'est pour cela qu'elle l'a choisi parmi les autres chiens remuants du chenil. 

Alice manque d'argent, mais elle réussit encore à en trouver pour le nourrir.

Le café brûlant

Alice a eu froid cette nuit, ses doigts sont engourdis et son nez est rouge, elle est heureuse d'être vivante.

Le parfum des croissants chauds sortant du four viennent lui chatouiller les narines.

Un voyageur pressé s'approche d'elle et lui tend 

un gobelet rempli de café. 

Le café est tellement chaud qu'elle se brûle les lèvres.

Alice a dormi à peine quelques heures, sommeil agité, fractionné en micro-réveils pour vérifier que ses affaires n'ont pas été volées.

Elle caresse son chien, finit de boire son café puis tandis qu'elle se relève pour plier ses affaires, un homme  devant elle et lui sourit.

Othello

Il l'observe puis pose un regard attendri sur son chien.

D'une grosse valise à roulettes, il sort un énorme sac de croquettes Royal Canin.

- Tenez !

- Merci monsieur.

Alice n'aime pas qu'on éprouve de la pitié pour elle.

- Ce n'est rien, je travaille chez Royal Canin. Je vous ai vue la semaine dernière avec votre chien et je me suis dis que je vous apporterai un sac de croquettes.

Il s'accroupit pour caresser le chien dont la queue frétilla immédiatement comme un métronome.

L'homme jeta un coup d'œil rapide à sa montre.

- Je dois filer lui dit-il.  Alice regarde l'inconnu s'éloigner, puis ouvre le sac de croquettes et en donne quelques unes à Othello.